Mais pourquoi vouloir changer le monde ?

Mais pourquoi vouloir changer le monde ?

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Je n’ai jamais aimé l’expression Changer le monde, et encore moins celle-ci : Le monde d’après (d’après quoi ?) qui fleurit partout en ce moment. Pour maintes raisons dont voici les trois principales.

La première raison est directement liée à la méthode de penser que nous avons adoptée,  issue de la Sémantique Générale : en tant qu’expression générale et abstraite, changer le monde n’a aucun sens précis. En effet, changer le monde c’est changer quoiquiquandcommentpourquoi…? Autant de questions passionnantes auxquelles la plupart des gens qui disent cela ne répondent pas.

La deuxième raison est la suite logique de la précédente : c’est une expression qui désigne un vague souhait abstrait : on aimerait changer mais sans savoir quoi mettre à la place. C’est une expression d’utopistes. J’aime beaucoup les utopistes car seuls les rêveurs inventent des choses vraiment nouvelles. Rêver n‘est pas loin de créer. Rêver peut créer les cartes du changement. Mais quand il s’agit de décider des itinéraires de changement, il faut laisser un moment le rêve de côté, et commencer à dresser les cartes détaillées de la route à suivre, avec les étapes, les chemins de rechange en cas d’obstacle, et penser à son sac à dos…etc. Là on ne parle plus de changer tout court, mais de changer quelqu’un dans telle ou telle situation. Changer est, et doit rester un verbe transitif : on change quelque chose, quelqu’un…

Ma troisième raison est issue plus du bon sens (que nous sommes tous censés posséder) que de mes maîtres à penser : peut-on changer quoi que ce soit en ce monde tant que ceux qui sont censés créer le nouveau monde, sont ceux-là mêmes qui détruisent celui dans lequel nous vivons ? On dit souvent qu’avec des ânes on ne fera jamais des chevaux de courses, et bien c’est la même chose ici. Changer le monde ou au moins des parties de ce monde, suppose des gens à la manœuvre qui fonctionnent autrement. Car changer le monde dans la bouche de nos rêveurs utopistes, les yeux pleins d’étoile comme disait mon maître Watzlawick, c’est ce que l’école de Palo Alto appelle le changement 1. De nos jours nous appelons tout changement par exemple : changer de Président, changer le carburant de nos autos, ou de conjoint, ou les dates des vacances scolaires…etc Mais là, nous ne changeons rien, seulement des éléments périphériques, sans toucher aux noyaux, qui engendrent tout le reste. On ne change que les symptômes, pas la maladie, c’est du changement 1.

Et le monde d’après sera exactement comme le monde d’avant, en pire.

Le changement 2, ce n’est pas changer des parties secondaires de ce monde. Il faut aller à la racine des raisonnements comme on va à la racine d’une plante pour l’arracher. Les gens votent et pensent que les choses vont changer (vous notez : les choses… mais quelles choses ?) mais rien ne change sauf les personnes qui s’amusent et s’enrichissent à nos dépens.

Nos façons de penser sont analytiques, nous n’avons pas appris à examiner des ensembles, et influencés par Descartes et Aristote, nous pensons que, pour régler un problème, il faut le décomposer en sous-problèmes, ce qui a été démontré faux depuis l’avènement de la systémique. Or, il n’est pas plus difficile d’apprendre à penser global pour agir régional ensuite. Mais il faut le faire le plus tôt possible.

Nous en arrivons maintenant à décrire le lieu où  peuvent (ou doivent ?) se situer les changements fondamentaux ? Après cinquante ans d’analyses sémantiques de divers langages de nos contemporains, nous avons découvert qu’un texte, oral ou écrit, n’est pas comme il en a l’air une suite de mots alignés en une longue procession comme les chenilles. Le langage, notre langage, est structuré. Or nous avons attribué au langage le rôle secondaire de véhiculer nos pensées en oubliant là encore, qu’il les structure en même temps, et même parfois qu’il les créé .

(Faisons ici une petite digression pour dire que, lorsqu’on parle une autre langue, le chinois, ou une langue primitive, mais aussi par exemple l’allemand, nous ne pouvons pas raisonner de la même façon. Parler une langue parfaitement c’est en même temps en épouser les formes de pensée. C’est le sens de l’expression : parler courament.  Parler une langue nous amène donc sans qu’on s’en rendre compte, à changer nos façons de penser et les experts qui ont étudié par exemple les langues asiatiques ont remarqué que les japonais ou les chinois, qui ne pensent pas en termes de “sujet / verbe / complément”, ont, par la même, des capacités accrues à penser global. Fin de la digression, nous reviendrons sur ces sujets dans nos articles traitant de sémantique).

Revenons à la structure de nos langues. Depuis les travaux de Noam Chomsky, et l’apparition de la grammaire générative, nous savons comment nous structurons notre syntaxe, et les incidences que cette structure apporte à notre compréhension, et à notre capacité à mémoriser les textes. A un niveau supérieur, au niveau des phrases et de qu’elles veulent exprimer, nous pouvons donc entrapercevoir une structuration de nos opinions et de nos croyances, et trouver l’organisation et les relations de celles-ci entre elles. Comme le langage, les croyances ont leur structure en niveaux. Et changer le monde ne peut se faire sans changer d’abord cette structure.

Il faut trouver les prémisses qui sous-tendent tout ce que l’on dit, tout de ce à quoi nous croyons et s’attaquer d’abord à ces éléments centraux, ceux que nous appelons les Noyaux.

Le travail est ardu, il sera long et laborieux, mais une fois grimpé au sommet de la montagne, certes, nous serons fatigués, mais heureux. Plus heureux que ceux qui auront pris la route en voiture ou même les petites chaises.

Notre époque est particulièrement bien adaptée pour ce type de recherche fondamentale, préliminaire à toute opération générale de changement.

Je pense que cette recherche est fondamentale, car elle conditionne tous les changements locaux que l’on peut faire dans les entreprises, dans la vie de tous les jours, et quels que soient les problèmes traités.

Je prendrais juste pour illustrer et terminer cet article, juste là pour poser le problème du changement selon la méthode de la Nouvelle Culture. L’étude de nos structures de pensée que nous posons au départ comme déréglées et porteuses de misères, peut s’illustrer par la façon dont nous avons traité le problème d’une certaine pandémie (que je ne nommerais pas car les mots ayant été prononcés des milliards de fois ont perdu leur sens et sont devenus cauchemardesques). Cette histoire est riche d’enseignements pour le sujet traité ici car il a fait apparaître, et a élargi de grandes failles dans notre société, et un gros livre n’y suffirait pas (j’ai écrit sur ce sujet un e-book court et ça suffit  pour l’instant).

Il a fait apparaître que nous nous étions approchés d’opinions et de croyances très clivantes. Et c’est par là qu’il faut commencer :

Où sont les pensées clivantes qui empêchent toute société de se dire homogène, en créant des problèmes et conflits superficiels ?

Les groupes et les gens se sont opposés les uns aux autres et à tous les niveaux de la société et pour de multiples sujets.

Ce sont ces pensées clivantes que l’on doit étudier en premier pour trouver quelles sont celles qui ont engendré les autres, et où elles se trouvent ?

Spontanément on va penser aux oppositions qui se sont fait jour, en simplifiant on va rester au niveau du public.

On s’est opposé sur les confinements, sur le port du masque (dans la rue, chez soi…), sur les couvre-feux, sur la fermeture des commerces, sur les vaccins et l’obligation de se faire vacciner… Certes on peut traiter chacun de ces problèmes séparément, et élargir le sujet en montrant les différences considérables d’un pays à l’autre… et analyser ce qu’il s’est dit et ce qu’il s’est fait. On arriverait vite à un texte de la dimension d’une encyclopédie mais sans jamais approcher d’un seul pas, la clé qui ouvre l’armoire aux changements, pour faire en sorte que cela ne se reproduise plus. La question est : toutes ces failles, qui se sont élargies au fil du temps, ont-elles une cause commune, une source commune ?

Une étude sémantique poussée pourrait trouver cette ou ces origines et il est probable qu’on la trouverait dans l’esprit des humains, dans la peur.

Tout vient des cerveaux et tout y revient. Le virus n’est pas un problème, c’est la façon dont on le traite qui cause tous les problèmes.

Je n’ai pas la solution, j’ignore la réponse à ma question, mais je crois aujourd’hui, avant une analyse  plus approfondie, que c’est la peur, la façon d’affronter les risques, et donc le principe de précaution qui a causé tous ces tracas. D’un côté il y a ceux  qui ont pris peur d’emblée, parce qu’on a tout fait pour qu’ils aient peur, surtout de la part des médecins, et les autres qui ont regardé les chiffres et les ont comparés avec ceux des précédentes épidémies (dont la grippe) pour constater que ce n’était pas pire. Mais alors que les morts de la grippe (vous connaissez la blague : « Il est mort de la grippe ? Alors ce n’est pas grave ») ont laissé tout le monde indifférent jusqu’à maintenant. Cette fois, dès le départ, les chefs se sont affolés, et nous ont transmis leur frayeur.

Or, c’est connu dans l’Histoire : Faire peur à son Peuple est un bon moyen de les faire obéir, et de calmer toute forme de manifestation hostile.

Les mécanismes sont connus et nous les avons suivis dans l’ordre : avoir peur, se protéger, remercier ceux qui nous protègent,
et en redemander

Sauf une petite poignée de gens qui ont refusé de quitter des yeux les chiffres de la réalité et qui ont refusé d’avoir peur. On les traite presque de criminels parce qu’ils refusent de voir autre chose que 3 chiffres : ceux des morts, des hospitalisés et des réanimés. Et ce qu’ils voient leur dit que ce n’est pas plus grave que dans d’autres pandémies semblables.

Les gouvernants nous disent : « On doit fermer les commerces, parce que la situation est grave » et nous répondons: « La situation est grave parce que vous fermez les commerces ». Ils prennent des décisions sans jamais les expliquer, sans jamais en montrer, par une étude sérieuse, le bien-fondé.  Parce que la peur annihile toute forme d’esprit critique, la masse ne dit rien, et approuve même. Et parce que les peuples d’aujourd’hui sont très différents de ceux qui ont souffert des pandémies du XXème siècle. Nous sommes globalement devenus des moutons frileux et peureux, et quand le loup n’est pas là nous l’inventons car nous aimons notre peur. Elle rassure en fait !

On en arrive à deux sortes de gens qui ne peuvent plus communiquer entre eux. Que faire quand un groupe appuie ses opinions sur la réalité des faits, et un autre avec ses sentiments et refuse de croire les premiers ?

Aujourd’hui et très majoritairement, les gens refusent le moindre risque et ne veulent plus être malades, ne plus souffrir, ne plus mourir. Et au passage être beaux, riches et sans rides avec un ventre plat, comme leurs écrans.

Nous venons là de trouver deux noyaux probables de toute la structure de pensée qui est la nôtre :
1. L’attention portée seulement aux généralités des opinions plus qu’aux faits concrets, et
2.  La peur du risque, de la maladie et de la mort ; le principe de précaution.

Il faudrait peut-être ajouter aussi pour beaucoup la peur des responsabilités mais on peut la rattacher à la peur du risque.

Au passage on pourrait s’interroger sur la petite phrase de ce philosophe qui dit qu’avant on était prêt à mourir pour sa liberté et que maintenant on est prêt à sacrifier sa liberté pour rester en vie.

Cherchons les autres noyaux et nous aurons les lieux de départ de tout changement véritable. Après, les changements pourront commencer ou pas, mais ce n’est pas gagné.

C’est en tous cas cela que nous avons l’intention de faire  à la Nouvelle Culture, pour travailler ensemble. Si ça vous tente…

Pierre Raynaud
6 mars 2021

 

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